Le gouvernement déplore un «important fossé»; les étudiants dénoncent sa «mauvaise foi»

Le premier ministre Jean Charest, accompagné du ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, et de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Les négociations sont rompues. La ronde de discussions à laquelle participaient la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, et les représentants des associations étudiantes, n'a pas permis de dénouer l'impasse dans la crise étudiante qui secoue le Québec depuis la mi-février. Les leaders étudiants ont unanimement dénoncé l'attitude du gouvernement Charest et promettent de poursuivre la mobilisation.
« Il y a un un important fossé qui sépare le gouvernement et les associations étudiantes », a déclaré M. Charest, lors d'un point de presse donné environ une heure et demi après que la ministre Courchesne eut quitté les discussions, invoquant une « impasse » au quatrième jour de la reprise des pourparlers.
Le premier ministre Charest s'est dit « déçu » par l'échec des pourparlers, estimant que les représentants étudiants se battaient pour la classe aisée. Avec la bonification du régime de bourses, les étudiants dont les parents ont un revenu familial de 51 000 $ auront « l'équivalent de la gratuité » et ceux dont les parents gagnent 72 000 $ pourront eux aussi bénéficier de bourses. « Les prêts, c'est possible jusqu'à concurrence - je pense - de 120 000 $ en tout ou en partie », a-t-il ajouté.
Les associations se battent pour qui au juste? Cette bataille-là est faite au nom de qui?
Le premier ministre a déclaré que « la porte restait toujours ouverte » à la discussion, disant maintenant espérer une « accalmie qui permettra à chacun de réfléchir ».
« Si on peut en venir à une entente c'est tant mieux, mais ultimement, il y aura une élection générale d'ici 18 mois. C'est dans un cadre démocratique que s'offre pour nous l'occasion de s'exprimer sur ces enjeux », a-t-il ajouté, semblant cependant écarter le scénario d'élections estivales.
À ses côtés, la ministre Courchesne a dit avoir constaté un grand écart entre les positions des deux parties, tout en admettant que « les discussions ont été somme toute, je dirais assez constructives ».
Malgré tous les différents scénarios que nous avons présentés, [... ] force est de constater que [les représentants étudiants] refusent d'assumer toute hausse des frais de scolarité. Cette notion de gel était pour eux non négociable. C'était le gel, le moratoire ou rien.
Offres du gouvernement
1- Au cours des derniers jours, le gouvernement a proposé d'atténuer de 35 $ la hausse de 254 $ des droits de scolarité qu'il prône.
2- La ministre Courchesne a également indiqué que le gouvernement était prêt à réduire à 100 $ l'augmentation des droits de scolarité pour la première année et à compenser le manque à gagner en diminuant les crédits d'impôt pour les études. Pour les années subséquentes, la hausse de 254 $ aurait été maintenue, pour un total de 1624 $ sur sept ans.
Québec suggérait parallèlement la tenue d'un forum réunissant les acteurs de l'éducation, mais aussi des milieux socio-économiques et communautaires et visant à discuter de la qualité de l'éducation, de la gestion, du financement et de l'avenir des universités.
La ministre a en outre rappelé les mesures proposées au cours des dernières semaines par le gouvernement : étalement de la hausse des droits sur 7 ans, augmentation du nombre de bourses, remboursement proportionnel aux revenus et impact nul de la hausse pour 67 000 étudiants. « Tout au long de nos discussions, toutes ces mesures de bonification n'ont jamais été considérées par les associations étudiantes ».
Pour le gouvernement, la proposition des leaders étudiants d'abolir le programme régime d'épargne-études a été un « choc », a affirmé la ministre Courchesne, qui bénéficie selon elle à la classe moyenne.
Elle a également critiqué la proposition des étudiants d'abolir le crédit d'impôt pour les études post-secondaires. Cette mesure aurait été injuste, a-t-elle argué, pour les élèves du secondaire professionnel et les étudiants du collégial qui font un DEC technique, qui bénéficient présentement eux aussi de ce programme.
Choc et déception chez les leaders étudiants

(De gauche à droite) Paul-Émile Auger de la TaCEQ, Martine Desjardins de la FEUQ, Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE et Léo Bureau-Blouin de la FECQ
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
La réaction des quatre représentants des associations étudiantes, qui ont regardé le point de presse ensemble devant les projecteurs, n'a pas tardé.
Le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a accusé le gouvernement de « ne [pas] prend[re] ses responsabilités », assurant que les offres des associations respectaient les « paramètres » fixés par la ministre.
« On nous a demandé de trouver une solution à coût nul pour le contribuable, à coût nul pour le gouvernement, qui provenait de la poche des étudiants pour financer les universités. On a trouvé ça », a-t-il déclaré. On a dit : "les étudiants, on est prêt à faire notre bout de chemin, on ne veut juste pas que ça provienne des droits de scolarité, mais que ça provienne d'un autre avantage auquel on a droit, qui s'appelle le crédit d'impôt, qui n'est pas selon nous la mesure la plus efficace, soit permettre de rencontrer tous les objectifs fixés par le gouvernement". La seule réponse que nous a donnée la ministre de l'Éducation, c'est : "pour des raisons partisanes, pour des raisons de communications publiques, on ne peut pas faire ça" ».
Le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a renchéri en disant que les leaders avaient consenti à « des compromis » importants.
Il faut s'élever au-dessus de la partisanerie et trouver des solutions parce que là, aujourd'hui et demain matin, on n'est pas plus avancé qu'on ne l'était hier.
Considéré comme le plus modéré des leaders étudiants, Léo Bureau-Blouin n'a pas mâché ses mots, rappelant notamment l'exclusion initiale de la CLASSE des négociations, l'adoption d'une loi spéciale, puis la rupture des négociations. « Est-ce que le gouvernement veut la régler la crise ou est-ce qu'on n'essaie pas de marquer des petits points à gauche et à droite? », a-t-il demandé.
Avant la conférence de presse du gouvernement, la présidente de la Fédération étudiante du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a également dénoncé « la mauvaise foi du gouvernement », affirmant que sa deuxième offre était encore moins généreuse que la première.
Le gouvernement n'était pas du tout dans un mode de négociation, mais vraiment dans un mode de faire plier le mouvement étudiant plutôt que de régler la crise.
« La seule mesure d'impact que le gouvernement a adopté pour régler la crise étudiante, c'est la loi 78 », a de son côté soutenu M. Auger. « C'est la loi complètement arbitraire qui est actuellement contestée juridiquement. »

Après la suspension des négociations, des milliers de personnes ont manifesté à Montréal pour une 38e soirée consécutive.
« Il y a une crise sociale, a lancé M. Auger. Nous souhaitons la régler. La contestation continuera tant qu'il n'y aura pas de règlement satisfaisant, et ce, non seulement avec les leaders étudiants, mais avec les étudiants et l'ensemble de la population. »
M. Nadeau-Dubois a par ailleurs soutenu que « Mme Courchesne n'a jamais accepté non plus de parler de la loi 78 » et a appelé les citoyens à se mobiliser pour exprimer leur désaccord à l'endroit du gouvernement. « Les étudiants et les étudiantes, tout au long de l'été, vont vouloir se faire entendre, vont vouloir continuer à se mobiliser, que ce soit par les casseroles à 20 h le soir dans toutes les villes, que ce soit en distribuant de l'information ou des carrés rouges aux gens qui vont dans les grands festivals. »
« S'il faut continuer à mettre de la pression, la désobéissance civile est un moyen que la CLASSE appuie », a-t-il répondu à un journaliste. « La désobéissance civile, ce n'est pas la violence. La désobéissance civile, ça peut être tout simplement de décider de manifester spontanément avec sa famille, avec ses casseroles. Nous, c'est ça qu'on appuie et c'est ça qu'on va continuer à appuyer », a-t-il dit.
La CLASSE a appelé à une grande manifestation samedi après-midi à Montréal pour protester contre la hausse des droits de scolarité et la loi 78.
Je pense que le gouvernement se magasine une crise sociale d'une ampleur inégalée dans les prochaines semaines.
Gabriel Nadeau-Dubois a qualifié la position du gouvernement d'« idéologique ». Pour les libéraux, a-t-il dit, l'augmentation des droits de scolarité n'est pas un moyen, « mais une finalité ».
On aurait eu beau trouver de l'argent partout dans les universités et le système fiscal québécois, jamais les libéraux n'auraient renoncé à augmenter les frais de scolarité parce que c'était pour eux un objectif partisan.
« La ministre qui disait avoir l'obligation de résultats, aujourd'hui, juge que les résultats ne sont plus une priorité pour le gouvernement », a de son côté déclaré la présidente de la FEUQ. Mme Desjardins a répété que le gouvernement Charest faisait « de la petite politique sur le dos des jeunes » pour flatter « son égo gouvernemental ».
La ministre n'a pas commenté la dernière contre-offre des étudiants, mise sur la table au cours des derniers jours, et « n'a même pas daigné » regarder la proposition que les représentants étudiants comptaient présenter aujourd'hui, a-t-elle ajouté. M. Nadeau-Dubois a précisé que les associations avaient de leur côté préparé quatre offres en tout.
Deux offres des étudiants
- Annuler la hausse des droits pendant deux ans en réduisant les crédits d'impôts d'études post-secondaires
- Dégager d'autres sommes en réduisant les subventions liées au régime d'épargne-études
La FEUQ a précisé sur Twitter qu'elle ferait connaître le détail des offres au cours des prochains jours.
Perturber le Grand Prix : blague ou menace ?
La ministre a affirmé que la CLASSE, au cours des négociations, avait menacé la tenue du Grand Prix de Montréal après la présentation d'une proposition gouvernementale. L'un des négociateurs a selon elle déclaré « textuellement »: « Avec cette offre-là, on va vous l'organiser le Grand Prix. »
Le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a reconnu que ce sont « les mots qui ont été prononcés », ajoutant que son collègue avait fait une « blague ». « Ce n'était pas des menaces », a-t-il assuré. L'objectif n'a jamais été « de perturber la vie des gens qui, par exemple, économisent depuis des semaines ou des mois pour avoir accès au Grand Prix », a-t-il soutenu. « Ce que je vous dis, c'est que ça va être une tribune pour faire valoir notre message. » « On a discuté pendant des heures et des heures », a de son côté déploré le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. « On essaie d'utiliser une phrase pour décrédibiliser les associations étudiantes. »
Sortie de scène de Léo Bureau-Blouin

Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin
Le président de la FECQ termine son mandat jeudi. C'est Éliane Laberge qui lui succèdera dès vendredi.
Par ailleurs, selon ce que rapporte notre journaliste Pierre Duchesne, Léo Bureau-Blouin entend participer dimanche à un événement organisé par le Nouveau Mouvement pour le Québec, organisation à caractère politique et citoyen en faveur de la souveraineté.