La Saint-Jean se fêterait aussi en anglais

Fête de quartier de la Saint-Jean-Baptiste (archives)
Prenez note que cet article publié en 2009 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
L'organisateur du spectacle L'Autre Saint-Jean fait volte-face et accepte que des musiciens anglophones de Montréal participent à la fête nationale. Une décision sans appel sera rendue mercredi.
Des musiciens anglophones de Montréal, dont la présence à un spectacle de la fête nationale du Québec, le 23 juin, dans le quartier Rosemont, a soulevé la controverse, pourraient finalement participer à l'événement. Une décision sans appel à ce sujet sera prise mercredi.
Lundi, l'organisateur du spectacle baptisé L'Autre Saint-Jean, l'Association culturelle de Louis-Hébert (ACLH), a fait volte-face et a accepté que Bloodshot Bill et la formation Lake of Stew en fassent partie. Un membre de l'organisme avait fait savoir en fin de semaine à la maison de production C4 qu'elle pourrait retirer sa commandite si les deux groupes restaient à l'affiche.
Une décision à ce sujet reste toutefois pendante. Au terme d'une réunion d'urgence du conseil d'administration de l'ACLH, lundi, il a été convenu que les organisateurs du spectacle s'assureront d'abord que tous les partenaires liés à l'évènement et les résidents du quartier n'y voient aucune objection.
Selon la présidente de l'ACLH, Marilyne Lacombe, la controverse est attribuable au fait qu'un membre de l'organisme a parlé de façon injustifiée en son nom personnel.
« Il y a quelqu'un qui a parlé au nom de l'Association culturelle sans avoir le mandat, qui a défendu une position qui était sa position personnelle, au nom de l'association culturelle. Nous, on n'entérine pas ces propos-là. On est parfaitement d'accord avec la présence d'anglophones pour la fête nationale. »
Lundi, le vice-président de l'organisation, Mathieu Bouthillier, y était allé d'une déclaration sans ambiguïté sur les ondes du Réseau de l'information. « Ce n'est pas parce qu'ils [Bloodshot Bill et Lake of Stew] sont anglophones que nous ne voulons pas qu'ils soient de la soirée. Nous ne voulons pas qu'ils chantent en anglais. On aurait fait la même chose pour Simple Plan ou Pascale Picard », a déclaré Mathieu Bouthillier.
L'ACLH précise sa position
L'ACLH a publié un communiqué, dans lequel elle dit se dissocier des propos de M. Bouthillier: « La raison pour laquelle des doutes sont survenus pour la participation des groupes chantants en anglais était au niveau de la sécurité. Quelques rumeurs de manifestation ont circulé et nous ne voulions pas compromettre le caractère festif et familial de l'activité », affirme Julien Larocque-Dupont, porte-parole de l'association.
« Devant les plaintes de certaines personnes qui y voyaient un spectacle "bilingue", la direction de l'ACLH tient à souligner qu'il s'agit d'un spectacle très majoritairement en français », ajoute le communiqué.
La maison de production maintient sa programmation
C4 Productions, qui est mandatée pour créer un événement musical alternatif à l'occasion de la fête nationale, maintient sa position quant à sa programmation, qui inclut Lake of Stew et Bloodshot Bill.
Les musiciens anglophones devraient se produire pendant 40 minutes lors d'un spectacle d'une durée totale de 6 heures.
C4 Productions souhaite que le rassemblement du 23 juin, au Parc du Pélican, « soit des plus pacifistes ». Une décision sera prise mercredi, indique un communiqué de la maison de production.
Fausse note linguistique
Selon Mario Beaulieu, qui préside le comité montréalais de la fête nationale et la Société Saint-Jean Baptiste, la controverse est née du fait que la maison de production a programmé des artistes anglophones sans autorisation préalable et le comité a reçu un certain nombre de plaintes.
La ministre de la Culture du Québec, Christine St-Pierre, espère que la décision d'exclure deux groupes chantant essentiellement en anglais d'un spectacle de la Saint-Jean dans le quartier Rosemont est un « malentendu », mais ne donne aucun signe qu'elle entend intervenir pour le dissiper.
« J'espère que c'est un malentendu. [...] Évidemment que la langue française, on sait que c'est très très important. L'identité, la survie de la langue [...] Et je pense que ça doit faire partie intégrante de la fête nationale. Mais en même temps, faut avoir une espèce d'ouverture vers les autres et comprendre que c'est la fête de tous les Québécois. »
Le député péquiste Pierre Curzi, porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture, a de son côté déclaré qu'il trouvait « très bien que des groupes anglophones s'associent à la fête nationale. Cela démontre que notre société est ouverte ».
Le spectacle L'Autre Saint-Jean est financé en partie avec la somme de 3,6 millions de dollars que le gouvernement du Québec verse au Mouvement national des Québécois.
L'organisme, qui utilise cette somme pour financer quelque 750 spectacles sur le territoire québécois, a lancé lundi un appel à « mettre fin immédiatement à cette dérive médiatique. La fête nationale du Québec est celle de tous les Québécois, peu importe leur langue ou leur affiliation politique. Aussi, nous avons convoqué les différents intervenants afin de trouver une solution à la présente situation ».
L'agent de Malajube, un groupe qui chante en français partout dans le monde, n'a pas manqué de faire savoir que la décision d'exclure des artistes anglophones de la fête était « ridicule ». Le groupe Lake of Stew a utilisé le même qualificatif dans une entrevue accordée au quotidien The Gazette.
Vincent Vallières, Les Dale Hawerchuk et Marie-Pierre Arthur doivent également participer à cette fête, organisée en prélude au grand spectacle de la fête nationale, que Guy A. Lepage animera le 24 juin au parc Maisonneuve à Montréal.
Ironiquement, M. Lepage avait déclaré haut et fort, lorsqu'il avait été annoncé qu'il animerait l'évènement, qu'il militait en faveur d'une fête ouverte sur le Québec cosmopolite, toutes cultures et langues confondues.
« C'est mon opinion personnelle, je n'ai pas eu celle des gens qui m'emploient, mais je trouve ça réjouissant qu'on puisse écouter des gens chanter dans une autre langue que le français sans se sentir menacés », avait-il déclaré au quotidien La Presse. « Ce n'est pas parce que tu chantes en italien que tu ne te feras pas servir en français dans un magasin. Il ne faut pas être fermé dans la vie. »