Abbas défend son pouvoir

Prenez note que cet article publié en 2007 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Alors que le calme revient dans la bande de Gaza, maintenant sous le contrôle du Hamas, le président Mahmoud Abbas nomme un nouveau premier ministre, chargé de former un gouvernement d'urgence.
Une journée après avoir limogé le gouvernement, le président palestinien Mahmoud Abbas a nommé un nouveau premier ministre pour tenter de calmer le jeu dans les territoires palestiniens. Il s'agit de Salam Fayyad, ex-ministre des Finances, qui devra former un nouveau gouvernement d'urgence.
Le Hamas a immédiatement critiqué la nomination de M. Fayyad. Un porte-parole du mouvement à Gaza a accusé le président palestinien de prendre « des mesures précipitées et illégales » pour faire plaisir à Israël et aux États-Unis. « C'est un coup d'État politique et il a de graves conséquences », a-t-il dit.
Le premier ministre Ismaïl Haniyeh, du Hamas, a quant à lui déclaré qu'il demeurerait en poste, malgré son limogeage.
Pendant ce temps, les combats ont cessé dans la bande de Gaza, où des hommes du Hamas ont pris le contrôle des quartiers généraux de l'Autorité palestinienne dans la nuit de jeudi à vendredi. Il s'agissait du dernier bastion encore tenu par les hommes du Fatah du président Mahmoud Abbas.
Le Hamas a par ailleurs annoncé avoir amnistié une dizaine de chefs des services de sécurité palestiniens fidèles au Fatah, capturés lors de la prise de leurs bases dans la bande de Gaza.
Les habitants ont commencé à sortir de leurs maisons, où ils se terraient depuis le début des violences. Les barrages disséminés dans les rues de Gaza ont pratiquement disparu et les automobilistes circulent librement. Les rues de la ville étaient par contre envahies par des combattants du Hamas, dont certains tiraient en l'air à partir de véhicules.
Les villas abandonnées des chefs vaincus du Fatah ont été livrées au pillage, de même que le siège de la présidence de l'Autorité palestinienne à Gaza. M. Haniyeh est ensuite intervenu pour demander l'arrêt des pillages.
Des combattants du Hamas assurent aussi la protection de la villa de M. Abbas et empêchent quiconque de s'en approcher.
Un bilan du Comité international de la Croix-Rouge, établi vendredi à partir d'informations d'hôpitaux et de services d'urgence, fait état de 116 morts et 550 blessés dans les combats depuis le 7 juin. Les hôpitaux sont surchargés, a expliqué la coordonnatrice médicale Eileen Daly, et certains manquent même de sang.
Le passage de Rafah entre les mains du Hamas
Le Hamas a annoncé que ses combattants allaient prendre position au point de passage de Rafah, entre Gaza et l'Égypte, qui était fermé depuis le début des hostilités. En vertu d'un accord israélo-palestinien, sa surveillance était assurée par des observateurs européens. Ceux-ci n'ont pas encore réagi à la décision du Hamas; Israël non plus.
De son côté, l'armée israélienne a fermé jusqu'à nouvel ordre tous les points de passages entre la bande de Gaza et son territoire.
Par ailleurs, vendredi, l'Égypte a décidé de retirer le personnel de sa représentation diplomatique et sa délégation sécuritaire de la bande de Gaza.
La présidence allemande de l'Union européenne (UE) a condamné, par la voix de son porte-parole, « la prise de pouvoir violente par les milices illégales du Hamas ».
Jeudi, tard en soirée, le président Abbas avait décrété l'état d'urgence, tant dans la bande de Gaza qu'en Cisjordanie, et signé les décrets pour limoger le gouvernement d'Ismaïl Haniyeh.
Selon Saëb Erakat, un haut responsable du Fatah, la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas est la pire chose arrivée aux Palestiniens depuis la guerre des Six Jours de 1967.
« La bande de Gaza et la Cisjordanie sont désormais séparées et les aspirations d'un État palestinien repoussées. Gaza est officiellement hors du contrôle de l'Autorité palestinienne », a conclu M. Erakat, pour qui l'action du Hamas n'est rien d'autre qu'une mutinerie.
Sécurité confuse
Forces affiliées au Hamas
Force exécutive: 6000 hommes
Brigades Ezzedine Al-Qassam: 10 000 hommes
Comités de la résistance populaire affiliés au Hamas: 1500 hommes
Forces affiliées au Fatah
Sécurité nationale: 30 000 hommes
Sécurité préventive: considérée comme une force d'élite, 5000 hommes
Police civile palestinienne: 7000 hommes pour combattre la criminalité et contrôler la circulation
Défense civile: 2000 hommes, des pompiers et secouristes, mais aussi des hommes armés
Renseignement palestinien: 2000 hommes
Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa et autres groupes armés: 20 000 hommes
Autres groupes non affiliés
Djihad islamique: 5000 hommes
Comités de la résistance populaire: 5000 hommes
Les États-Unis, qui ont contribué à la formation et à l'équipement des forces défaites par le Hamas, ont renouvelé leur soutien au président de l'Autorité palestinienne. Les représentants du Quartette international pour le Proche-Orient (États-Unis, UE, Russie, ONU) lui ont aussi réitéré leur appui.
Ce pourrait être un signal du déblocage de l'aide financière internationale destinée à l'Autorité palestinienne, mais retenue depuis l'élection du Hamas en janvier 2006. Ainsi, tandis que l'embargo serait maintenu pour Gaza, la Cisjordanie, contrôlée par le Fatah, pourrait voir l'étau se desserrer.
Il pourrait en être de même des fonds israéliens, selon les mots mêmes d'un responsable israélien, si on se retrouve avec un gouvernement de crise sans participation du Hamas.
Israël surveille la situation de près
Devant la prise de contrôle du Hamas sur la bande de Gaza, Israël disait vendredi étudier les options qu'il pourrait prendre.
L'État hébreu craint que la bande de Gaza ne devienne une sorte de base avancée pour des pays comme l'Iran en vue de lancer des attaques sur son territoire depuis la bande de Gaza.
En visite au Portugal, la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a dit s'inquiéter des développements interpalestiniens, mais a estimé qu'il s'agissait d'un « problème interne ». Elle a ensuite réaffirmé qu'Israël privilégiait un règlement pacifique au conflit, basé sur la création de deux États vivant côte à côte.