Les audiences du BAPE terminées, le débat fait toujours rage

Daniel Breton, président du groupe écologiste Maître chez nous 21e siècle et Raymond Savoie, président de Gastem et membre de l'Association pétrolière et gazière du Québec
Prenez note que cet article publié en 2010 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Même si les audiences du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur le développement des gaz de schiste se sont terminées mercredi soir, le débat concernant l'exploration et l'exploitation de cette ressource au Québec continue de faire couler beaucoup d'encre.
En entrevue avec le journaliste spécialisé en économie Gérald Fillion, Daniel Breton, président du groupe écologiste Maître chez nous 21e siècle, a soutenu que le gouvernement du Québec ira de l'avant avec l'exploitation de cette ressource, peu importe les conclusions du BAPE.
« Pourquoi se dépêcher à exploiter cette ressource si on prévoit que le prix du gaz restera bas pendant 10 ans? L'exploitation des gaz de schiste vient en contradiction avec notre potentiel d'exportation hydroélectrique, tellement il y a de gaz sur le marché. Le paradigme énergétique au Québec, il faut le repenser au complet. Il faut regarder ça de façon globale et le gouvernement du Québec ne fait pas cet exercice-là, c'est très grave », affirme-t-il.
Raymond Savoie, président de Gastem et membre de l'Association pétrolière et gazière du Québec, a répliqué lors de la même entrevue que les gaz de schistes représentent une solution écologique, compte tenu du bilan énergétique de la province.
« Au Québec, on consomme 50 % du mazout lourd au Canada alors que nous sommes 23 % de la population. Il faut convertir les entreprises qui utilisent le mazout lourd à l'utilisation du gaz. Si on peut réduire notre consommation de mazout de 50, 60 ou 75 %, on pourrait réduire l'émission de gaz à effet de serre de 2 millions de tonnes », soutient-il.
L'encadrement de l'industrie et les bénéfices que la société peut en tirer demeurent des préoccupations importantes pour plusieurs opposants à l'exploitation de cette ressource.
« Entre 2002 et 2008, les compagnies minières ont fait 15 milliards de revenus et ont payé 1,5 % de redevances, soit 300 millions, mais ont reçu 600 millions de crédits d'impôt. C'est la loi sur les mines qui supervise l'exploitation gazière. Cette loi est désuète », soutient M. Breton.
« L'Association pétrolière et gazière a demandé une nouvelle loi sur les hydrocarbures il y a deux ans. Des discussions sont en cours pour l'encadrement des hydrocarbures. Présentement, la situation au Québec est très concurrentielle par rapport à ce qui se fait à l'extérieur », a répondu M. Savoie.
Les deux intervenants ont aussi présenté des vues opposées sur la place de l'État dans le contrôle de l'industrie. M. Breton a souligné que le Québec tirerait davantage de bénéfices si l'industrie gazière dans son ensemble était sous la gouverne de l'État, donnant l'exemple des bénéfices provenant d'Hydro-Québec.
M. Savoie a quant à lui affirmé que l'industrie était encore embryonnaire au Québec. Selon lui, une fois qu'elle se sera développée, des discussions à ce sujet pourraient être entreprises.
Le président de l'enquête du BAPE sur les gaz de schiste, Pierre Fortin, doit rendre son rapport le 4 février prochain, rapport qui sera rendu public dans les deux mois suivants.