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Le renard, un animal de compagnie depuis plus de 1500 ans?

Des ossements découverts dans un ancien site funéraire en Argentine laissent penser que l’animal a été enterré avec ses maîtres humains.

Illustration artistique d'un Dusicyon Avus,

Illustration artistique d'un renard Dusicyon Avus. L'espèce est maintenant éteinte.

Photo : Jorge Blanco

L’analyse du squelette d'un renard découvert parmi des ossements dans un site funéraire d’un groupe de chasseurs-cueilleurs d’Argentine soulève la possibilité que ce canidé ait entretenu un lien privilégié avec les humains, montrent les travaux d’une équipe internationale de scientifiques publiés dans la revue Royal Society Open Science (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Les restes du crâne et de la mandibule de l'animal.

Les restes du crâne et de la mandibule de l'animal.

Photo : Francisco Prevosti

Le squelette a été retrouvé parmi des os humains appartenant à 21 individus. À l’époque, il avait été associé à une espèce du genre Lycalopex, des canidés qui regroupent plusieurs espèces de renards sud-américains, note la zooarchaéologue française Ophélie Lebrasseur, experte en génétique ancienne et moderne, qui a participé à cette étude.

La chercheuse invitée de l’Université d'Oxford au Royaume-Uni explique en entrevue que le squelette et les restes humains ont été découverts en 1991 dans le cadre de fouilles archéologiques dans un site d’exploitation de l’argile situé dans la ville de San Rafael, dans la province de Mendoza.

Or, il y a quelques années, des chercheurs argentins du Conseil national de la recherche scientifique (CONICET) ont voulu réanalyser les ossements humains pour mieux comprendre l’existence de ce groupe de chasseurs-cueilleurs. Ils ont fait le même exercice avec le canidé qui se trouvait parmi eux.

Le crâne d'un Dusicyon Avus.

Le crâne du Dusicyon Avus. Cette espèce de renard avait une taille similaire à celle d'un berger allemand.

Photo : Francisco Prevosti

Une datation au radiocarbone a montré que les humains et le renard ont été enterrés il y a environ 1500 ans, et l’analyse des isotopes stables présents dans leurs os a permis d'étudier le régime alimentaire des humains et de l’animal.

Ils se sont rendu compte que les régimes alimentaires étaient très similaires, indique la chercheuse. Mais celui du renard ressemblait davantage à celui d’un chien domestique qu’à celui d’un animal sauvage. Il consommait les mêmes plantes que les humains, fort probablement du maïs.

Nous sommes devant deux possibilités : les humains le nourrissaient directement ou l’animal se nourrissait de leurs déchets.

Une citation de Ophélie Lebrasseur, Université d'Oxford

Repères

  • Le renard est un canidé, une famille de mammifères de l'ordre des carnivores qui comprend aussi le loup, le chien, le lycaon, et le chacal.
  • Le terme renard est employé pour désigner une quarantaine d’espèces du genre Vulpes (comme le renard roux), mais aussi de quelques autres genres, dont Lycalopex qui sont plus étroitement apparentées au chien qu'aux vrais renards.

Surprise génétique

À la suite de la découverte de la similarité des régimes de la bête et des humains, les scientifiques ont donc voulu confirmer la génétique de l’animal. C’est à cette étape de la recherche que l’expertise d’Ophélie Lebrasseur est entrée en jeu.

Son analyse a montré que les restes n’appartiennent pas à un Lycalopex, mais plutôt à une autre espèce de renard aujourd’hui éteinte, le Dusicyon avus.

Le fait qu’on retrouve cette espèce avec des chasseurs-cueilleurs d'une mobilité assez réduite [ils se déplaçaient sur 70 km) indique que cette espèce était présente dans la région à cette époque, ce qu’on ne savait pas. On peut donc étendre son aire de répartition.

Une citation de Ophélie Lebrasseur, Université d'Oxford

Une relation particulière

Le renard était un animal important dans les sociétés sud-américaines pré-espagnoles.

Soit il s'agissait d'un animal symbolique pour la communauté, soit il a été enterré à sa mort avec les personnes avec lesquelles il entretenait une relation particulière.

Une citation de Ophélie Lebrasseur, Université d'Oxford

Cependant, le régime de l’animal étant semblable à celui des humains, les chercheurs estiment que la relation était plus que symbolique. Notre interprétation, c’est qu’il était un animal accompagnant, voire potentiellement un animal de compagnie, avance Ophélie Lebrasseur.

Qui plus est, l’animal ne semble pas avoir été découpé, et n’aurait pas été consommé, ajoute la chercheuse.

En outre, l’animal ne semble pas avoir été enterré au même moment qu'un des êtres humains. Mais il a bel et bien été placé dans un site de sépultures humaines. C'était une pratique très rare, ce qui la rend d'autant plus intéressante, insiste la chercheuse, qui note l’existence d’un autre cas de Dusicyon avus enterré avec trois humains il y a 3000 ans et découvert en 2015 dans la province de Buenos Aires.

Selon les chercheurs, le renard a été enterré au moins 500 ans avant l'arrivée des premiers chiens dans cette région de Patagonie.

Sa disparition

Le Dusicyon avus aurait disparu d’Amérique du Sud il y a environ 500 ans. Plusieurs théories sont avancées pour expliquer l’extinction de cette bête de la taille d’un berger allemand, mais les changements climatiques et la présence humaine de plus en plus marquée dans la région ont certainement joué des rôles majeurs. L’arrivée du chien a certainement contribué à cette disparition en transmettant des maladies aux Dusicyon avus.

Certains scientifiques ajoutent qu’une hybridation entre le chien domestique et ce renard aurait pu diluer sa génétique et contribuer à son extinction. Mais Ophélie Lebrasseur affirme qu’une technique développée dans son laboratoire d'Oxford il y a quelques années a permis de réfuter cette possibilité.

Les séquences génétiques qu'on a générées ne permettent pas de le penser. Selon nous, une hybridation entre chiens domestiques et Dusicyon avus n'aurait pas donné d’individus fertiles.

Une citation de Ophélie Lebrasseur, Université d'Oxford

Enfin, ces travaux fournissent des informations importantes dans la compréhension de la capacité de certains animaux à quitter l'état sauvage et à entrer dans une relation spéciale avec l'humain.

Cette caractéristique observée chez des groupes de chasseurs-cueilleurs d'Amérique du Sud peut aussi permettre de mieux cerner les processus de domestication à l’échelle planétaire.

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